De L'Italie à Hongkong

 

Il y a tant de choses à dire à propos du cinéma de Hongkong que je ne sais pas vraiment par où commencer mais ce que je peux vous assurer c'est que depuis ce jour béni le cinéma a pris une place très importante dans ma vie.

Bref il y a environ 6 ans j'ai sympathisé avec un fana de vidéo qui avait une collection hallucinante de films vidéos. A cette époque j'étais surtout branché "horreur Made in Italie " et j'adorais regarder les films de Fulci ou Argento chez moi. Pour moi, ce sont l'archétype du film réalisé avec peu de moyens mais beaucoup de cœur par des artisans géniaux. Comment ne pas être pris aux tripes par la musique de Frayeur de Fulci ou par l'ambiance très "fin du monde " de L'au delà du même réalisateur. Dans ces films les réalisateurs n'hésitaient pas à aller très loin pour exprimer leurs idées et, je pense aussi, pour choquer le public et ainsi se faire un peu de pub. Bien sûr il y a un assez grand nombre de nanars dans le lot (je pense notamment aux Rats de Manhattan) mais il ne faut surtout pas oublier qu'à cette époque ces cinéastes ont permis au cinéma de franchir un nouveau cap et dépasser ce qui avait été fait jusqu'à présent. Je rappelle d'ailleurs pour l'anecdote que L'au delà fut censuré en France jusqu'au début des années 80. Mais comme pour tout dans la vie, j'avais envie de passer à autre chose. Et grâce à une cassette empruntée, j'allais découvrir le monde merveilleux de Hongkong.

Je n'étais pas tout à fait étranger à ce cinéma mais pour moi il se limitait à Bruce Lee et Wang yu dont certains films passaient sur feu la 5. Bien sûr Bruce Lee représentait un mythe car je ne connaissais que son nom, quant à Wang Yu il n'était qu'un illustre inconnu dont les films semblaient assez intéressants. Mais il y avait toujours un petit quelque chose dans ces films qui me déplaisaient. D'abord le doublage ne rendait pas vraiment justice aux personnages avec certaines voix dignes de M. Leeb. De plus l'histoire basée sur la vengeance du héros était vue et revue depuis belle lurette, et je pensais que c'était juste un prétexte pour montrer des combats sanglants et spectaculaires. Parlons de ces combats justement, Wang-yu qui passe son temps à se faire arracher le bras avant de châtier les méchants japonais ou bruce Lee qui faisait tournoyer son nunchaku comme personne, c'était bien attendu impressionnant mais je n'étais pas encore prêt à accepter ce style de cinéma, et ce n'est quelques années plus tard que j'ai compris enfin l'aura que peut exercer un gars comme Bruce Lee.

C'est donc lorsque mon ami me prêta une cassette avec à l'intérieur Police Story, de et avec J.Chan, que je reçus un véritable choc thermonucléaire dans la figure. Je n'avais jamais vu un film avec des cascades aussi impressionnantes. Bon là aussi le scénario n'est pas vraiment original mais c'était bien la première fois que je voyais un film comme ça sur mon téléviseur : d'entrée un village entier est détruit à coup de voitures, puis un bus est sur le point de réduire en bouillie le héros. Et après c'est l'escalade : la scène qui m'a le plus impressionnée se situe vers la fin lorsque Jackie saute d'un étage du supermarché où il s'est réfugié en utilisant comme corde des fils électriques. Et en plus


Jackie Chan, le visage marqué par les cascades
on revoit la scène sous plusieurs angles. J'ai trouvé qu'il y avait une sorte d'hystérie qui s'échappait de J. Chan lors des combats et que j'ai retrouvés dans de nombreux autres films comme Drunken Master2. Est-ce suffisant pour être marqué à ce point ? Oui car le personnage est vraiment touchant dans son rôle de policier intègre trompé par les bad guys et, bien entendu, il n'hésite pas à montrer sa petite touche comique, ce qui le rend plus humain.

A partir de ce film tout a été différent, et j'ai voulu en savoir plus. J'ai commencé par d'autres films de Jackie(Armour Of God, Big Brother…), qui m'ont d'ailleurs plus d'une fois déçus par la piètre qualité du doublage, mais le plaisir restait intact. Puis mon ami m'a prêté Zu de Tsui Hark et j'ai découvert des héros qui n'avaient pas de limites, qui volaient et se battaient en apesanteur et possédaient des pouvoirs magiques. C'était comme si d'un coup je retrouvais les héros de mon enfance comme Sankukaï avec les moyens en plus. Et John Woo est arrivé avec The Killer sur les écrans d'un petit cinéma d'Aix en Provence(en vo please !) et j'ai découvert le polar qui repousse les limites : plus de sang, plus de balles, plus de larmes, plus de tout ! Toujours plus comme dans les films Italiens, ce qui explique pourquoi je reste si attaché à ces 2 cinémas.

Petit à petit j'ai commencé à acheter des films, à m'en faire prêter de plus en plus et je continuais à être émerveillé par ce cinéma asiatique si intense et si fou. J'ai bien entendu découvert d'autres acteurs formidables comme Andy Lau ou le fantastique Chow Yun Fat qui possède un charisme vraiment impressionnant et en plus il a deux pieds gauches ! ! Peut-être est-ce pour cela qu'il est aussi à l'aise dans la comédie que le drame ? Et comment ne pas évoquer les actrices asiatiques qui sont les plus belles du ce monde : M. Yeoh possède une telle classe et un tel charme que même un gnou aveugle et sourd ne saurait pas y être insensible.


Anita Mui dans une interprétation pour le moins cartoonesque

Bien sûr quelquefois certains films m'agacent mais ils ne sont pas légions bien heureusement. La pseudo sœur jumelle de A. Mui dans Saviour Of The Soul ne me semble là que pour amuser la galerie mais c'est raté ! De même pour Born To Defend du fantastique Jet Lee ou une fois de plus le racisme est de mise pour le héros opprimé qui doit absolument venger sa famille décimée par les grands méchants américains. On se croirait en pleine guerre froide…

Et pourtant, comment ne pas aimer ce cinéma qui malgré des moyens réduits tient la dragée haute au cinéma américain au point que les forces de HK sont maintenant sollicités pour tourner aux U.S.A. Il suffit de voir la bande annonce de Matrix pour s'en convaincre, l'action se doit d'être aérienne, fluide, speed

et non ressembler à un étalage de muscles belges ou américains. Bon d'accord les effets spéciaux ne sont pas à la hauteur, mais à HK on compte d'abord sur l'acteur pour qu'il réalise des exploits et non pas sur un ordinateur sans âme pour gommer tous les défauts et rajouter de beaux effets. Voilà pourquoi j'aime ce cinéma, il triche pas et vous en donne pour votre argent.

 

Michel Grizzanti - mai 1999