Les super héros sont de retour !!! (L'ultime combat entre Black et le Dr Lang))Black Mask 2
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Le film par Stéphane Jaunin

Un découpage digne d'une bande-dessinéeLorsque l’on compare la filmographie de Tsui Hark avec celle de ses contemporains, ce qui frappe de prime abord, c’est la variété des genres auxquels il a eu l’occasion de se frotter. En effet, très rares sont les cinéastes hongkongais qui ont eu la possibilité et surtout la volonté de toucher à des genres aussi différents que ceux abordés par Tsui Hark, que ce soit en sa qualité de réalisateur ou de producteur. Ainsi, une bref regard sur sa filmographie permet de constater que la quasi-totalité des genres importants du cinéma a, d’une manière ou d’une autre, été traitée par le maître, le plus souvent avec bonheur. Fort du succès  artistique de ses dernières œuvres (Time and Tide et Legend of Zu), Tsui Hark ne pouvait dès lors que continuer dans cette voie en choisissant de s’attaquer, cette-fois-ci, à l’un des genres les plus américains qui soit, le film de super-héros. A cet égard, il faut bien avouer que la tâche était ardue, d’autant plus que, dans un passé pas si lointain, Hollywood avait réussi à donner naissance à quelques chefs d’œuvre (Batman Returns, Darkman) et autres excellents films (Batman,  Spiderman, X-Men).  Bref, bien qu’il soit quelques fois légitime de critiquer la valeur du cinéma américain d’actioUn esthétisme de Comic Bookn actuel, force est néanmoins constater que dans ce sous-genre qu’est le film de super-héros, Hollywood demeure indiscutablement une référence. Ainsi,  même si Johnny To et Ching Siu Tung s’y étaient déjà essayés avec Heroic Trio et sa suite The Executionners, il faut bien avouer que le résultat, d’ailleurs réjouissant à l’écran,  restait visuellement et thématiquement très asiatique. De même, Black Mask premier du nom, avec son approche sado-masochiste,  se rapprochait finalement plus d’un film d’exploitation japonais que d’un Superman ou d’un Batman. En s’attelant à la confection de sa suite, toute l’ambition de Tsui Hark n’est donc ni plus ni moins que de réaliser le premier film asiatique de super-héros rendant directement hommage à la culture BD américaine. Alors, succès ou échec ?

Une introduction "harkienne"

D’un point de vue strictement formel, les premières images suffisent à rassurer pleinement le spectateur inquiet que je suis, tant la continuité entre Legend of Zu et Black Mask 2 paraît évidente. A cet égard, le plan d’introduction est particulièrement éloquent, les montagnes brumeuses de Zu étant ici Des plans "à la Time and Tide" remplacées par une structure  surgie de nulle part dans un océan déchaîné. Le style Tsui Hark à son apogée !! Et la suite est visuellement tout aussi impressionnante, le maître s’autorisant des folies visuelles toutes plus inimaginables les unes que les autres, étendant toujours plus loin sa grammaire cinématographique, passant aisément de plans inclinés à la Time and Tide à d’étonnants splitscreens "depalmesques". En cela, force est d’admettre que l’aspect comic book du film est parfaitement rendu et, même si l’on peut formuler quelques critiques à l’égard de la qualité relative des effets spéciaux, il faut bien avouer que, rares ont été les occasions, d’avoir eu, comme c’est le cas ici, la sensation de plonger à l’intérieur même des cases d’une bande-dessinée.

Marco ou le métissage parfaitScénaristiquement, Black Mask 2 comprend tous les éléments propres au film de super-héros. Un justicier, solitaire et masqué, désireux de trouver un remède à ses extraordinaires pouvoirs, se voit contraint d’affronter une horde de catcheurs professionnels dont les gênes ont été modifiés par injection de cellules animales. Histoire simpliste ? Racontée comme cela, on pourrait le penser. Pourtant, comme c’est souvent le cas chez Tsui Hark, un script à l’apparence minimaliste se trouve renforcé par la présence de nombreux personnages, qui, par les liens qu’ils entretiennent entre eux, contribuent à donner au film une profondeur souvent absente de bien d’autres productions de ce genre. A ce point de l’analyse, une petite précision s’impose néanmoins. Si, Tsui Hark est crédité, en compagnie des deux frenchies Julien Carbon et Laurent Courtiaud, comme concepteur de l’histoire, le générique final nous apprend que l’adaptation scénaristique est l’œuvre de deux américains, Jeff Black et Charles Cain.  A cet égard, il est indéniable que cette présence anglophone et francophone a certainement eu des effets déterminants sur le contenu de l’objet, créant en cela une sorte de métissage totalement barré avec d’un côté des délires imaginatifs « made in HK » et de l’autre des émanations d’une conception occidentale du cinéma de divertissement. Bref, le film est constamment tiraillé entre ces deux extrémités, ce qui loin de créer un réel déséquilibre, en fait justement tout l’intérêt. Ainsi, le personnage de Marco Leung, joué par Maria Teresa Herrera, semble réunir en elle-même ces deux aspects : Traumatisée par une expérience douloureuse (la mort d’un de ses patients), elle ne peut plus supporter le moindre contact physique, se figeant littéralement dès que quelqu’un la touche. On retrouve ici l’obsession américaine pour le héros traumatisé en quête de rédemption (Cliffhanger, Copycat, La tragique ChaméléonPeur Bleue pour ne citer que quelques exemples) alliée à une idée totalement loufoque, hautement jouissive mais parfaitement inutile, qu’est la représentation visuelle du mal (Marco devient raide comme une planche de bois au moindre contact). En ce qui concerne, le groupe de catcheurs (encore une idée bien américaine), le personnage de Chaméléon, jouée par Tracy Lords, avec ses prises de kung-fu irréels, semble en décalage avec ses partenaires bodybuildés. D’ailleurs, très vite, elle s’émancipe du clan et devient une sorte de fantôme, ne participant que de très loin à l’intrigue générale du film, se laissant transporter par une main invisible (celle de Tsui Hark ?) vers une fin inéluctable, digne des plus belles tragédies. En cela, elle n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure, la Charlie Young de The Lovers, toutes deux partageant le même rêve illusoire de bonheur, rêve qui sera brisé par leur propre entourage.

Quant au personnage principal du film, le bien nommé Black Mask, difficile de ne pas voir en lui la représentation personnifiée du cinéma d’action HK  actuel. Dissimulé derrière son masque, à la recherche de son identité, le héros semble perdu, ne luttant que pour sa propre survie. Le film étant en partie bâti sur une opposition (amicale ?) entre cinéma HK et cinéma US, il n’est, de ce point de vue-là, pas étonnant que l’affrontement final  mette en scène l’asiatique Andy On à son équivalent US, l’américain Scott Adkins, le tout dans un combat homérique où l’intelligence finit par triompher de la force brute.

le split-screen "depalmesque"

Bref, si Double Team était un produit typiquement américain, Legend of Zu et Time and Tide un retour au source du cinéma de Hong Kong, Black Mask 2 est peut-être le premier exemple de film totalement hybride. Certes, loin de moi l’idée d’affirmer que l’on est en présence d’un véritable chef-d’œuvre, surtout lorsque l’on compare sa qualité à celle de ses précédents films (The Lovers, Green Snake, Il était une fois en Chine, Legend of Zu et The Blade pour ne citer que ceux-là). A cet égard, il faut bien admettre que l’ambition de Tsui Hark était dès l’origine largement limitée par un manque de moyen patent qui trouve sa résonance dans l’utilisation quelques fois hasardeuses des effets spéciaux. Paradoxalement, Black Mask 2, aussi mineur qu’il soit, a le mérite d’imposer définitivement Tsui Hark au panthéon des réalisateurs asiatiques. En effet, on a coutume de dire que c’est dans les plus mauvais scénarios que les grands auteurs se révèlent et réussissent à imposer leur marque. Cet adage est largement utilisable dans le cas de cet ovni qu’est Black Mask 2. Désormais, Tsui Hark a atteint un tel niveau de maîtrise que plus rien ne semble pouvoir avoir raison de son talent…

(décembre 2002)


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