L'objectif de cet article ne sera pas d'évaluer le film, très décevant au regard d'un The Blade, mais plutôt d'étudier le style de mise en scène qu'a choisi Tsui Hark pour adapter les comics au cinéma.
Pour faire accepter au grand public l’univers des super héros, les réalisateurs des dernières grosses productions en la matière, comme X-Men ou Spider-man, ont adapté les codes narratifs et visuels des comics aux codes du cinéma classique. Le classicisme de la mise en scène a ainsi permis au public étranger au genre d’entrer dans un univers qui ne lui était pas familier. Aussi efficace soit-elle, la démarche a le désavantage de sacrifier par la même occasion l’originalité esthétique et narrative de la bande dessinée.
D’un point
de vue graphique, le film reproduit un univers volontairement artificiel, à
l’image du rendu stylisé et coloré des comics. C’est pourquoi le réalisateur
multiplie les plans surnaturels où la caméra semble voler, traverser la
matière ou évoluer à des vitesses vertigineuses.
Le récit est
également construit comme une bande-dessiné, à savoir que c’est
l’aspect visuel qui prime sur le récit. Pas de longue scène
d’exposition, pas de temps de respiration, l’histoire est conçue comme
un enchaînement de situations extrêmement codées. Le film refuse donc
toute étude psychologique, les personnages ne sont que des figures stéréotypées,
plongées au cœur d’un scénario archétypal. Et du point de vue symbolique, comme toujours chez Tsui Hark, le film recèle un grand nombre de sous-textes et de métaphores. Et comme dans Piège à Hong Kong et Legend Of Zu, ces discours travaillent contre la lecture immédiate et naïve du film. C’est sans doute l’un des grands paradoxes du cinéma actuel de Tsui Hark. Le sous-texte finit par parasiter les codes du cinéma de genre, au point de remettre en question l’adhésion simple et directe au spectacle proposé. Dans le cas de Black Mask 2, le travail d’adaptation de l’univers de la BD est contrebalancé par une critique assez féroce des comics. C’est ainsi que le caractère mercantile du genre est ridiculisé et ses codes sont régulièrement démontés, comme lorsque Black Mask explique que le catch (métaphore de l’univers des super héros) n’est qu’un simple jeu par exemple. En outre Tsui Hark manifeste toujours une résistance très forte vis-à-vis de la récupération de son cinéma par Hollywood. Cette histoire d’hommes génétiquement modifiés par l’addition de Californium (tiens, tiens !!!) fait irrémédiablement penser à la volonté d’Hollywood de récupérer le cinéma de Hong Kong. Les monstres dégénérés qui en résultent, présentent une vision bien amère (certes assez juste pour l’instant) de ce que peut apporter la mondialisation du cinéma de Hong Kong.
En prenant trop de distance avec son sujet, en refusant de s’impliquer pour adopter une posture toujours plus cynique, Tsui Hark a perdu l’esprit simple et direct du cinéma populaire. Black Mask 2 n’a pas la dimension ludique qui faisait la force des meilleurs films du réalisateur. Tsui Hark n’a donc toujours pas résolu la remise en question du cinéma de genre qu’il a osé poser avec The Blade. Si le geste a été courageux, la situation devient préoccupante, car sa carrière s’en trouve à présent fortement compromise. Reste que l’étrangeté qui résulte de son esthétique et de ses paradoxes, fait de Black Mask 2 un objet surprenant. Une valeur en voie de disparition dans le cinéma de genre actuel.
Laurent HENRY (janvier 2003)
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